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Analyse du jour

L’OTAN et l’OCS vont-elles établir une vraie coopération après le sommet de Moscou ?

10 avril 2009

Par Vivien Pertusot, assistant de recherche à l’IRIS

Le 27 mars, l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) organisait à Moscou une grande conférence internationale pour discuter de la situation en Afghanistan et pour proposer des solutions de sortie de crise. L’événement est passé quasi inaperçu dans la presse occidentale et les quelques articles se sont focalisés sur les échanges entre Patrick Moon, en charge des questions d’Asie du Sud et Centrale au Département d’Etat américain, et Mehdi Akhundzadeh, ministre adjoint des Affaires étrangères iranien (1). En arrière-plan, et avec une discrétion remarquable, cette réunion marquait surtout la première rencontre officielle entre l’OTAN et l’OCS.


Fin février, l’OCS a invité l’OTAN à participer à sa prochaine conférence sur l’Afghanistan. Il n’y avait aucune certitude que cette dernière accepte, car jusqu’alors, elle avait ignoré les appels du pied de l’OCS pour fournir une assistance à Kaboul. Après plusieurs discours de dirigeants de la région dans ce sens, l’organisation eurasienne formalisait son appel à la coopération dans une déclaration commune publiée à la suite du sommet de Douchanbe en septembre dernier. Elle exhortait « la FIAS [la mission otanienne en Afghanistan] à prêter plus d’attention au combat contre la production et le trafic de drogue en Afghanistan en interaction avec le gouvernement de la République islamique d’Afghanistan, ses pays voisins et tous les autres pays intéressés » (2). Ainsi la visite du Secrétaire général adjoint aux opérations de l’OTAN, Martin Howard, marque-t-elle un changement de direction et la potentialité d’un rapprochement entre les deux organisations.

Une coopération en théorie difficile…

L’OCS a été créée en 2001 dans la continuité du Forum de Shanghai. Elle regroupe la Chine, la Russie, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Le Turkménistan est absent en raison de sa tradition de neutralité, mais montre un intérêt croissant pour rejoindre l’organisation. L’OCS n’a pas de structure centrale ; les sommets sont des lieux de rencontre pour discuter autant des questions économiques que de la gestion des ressources énergétiques. De plus, l’OCS se propose comme mission de combattre ce que les Chinois appellent « les trois maux » que sont « le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme ». Construite en opposition à l’Occident, elle a réaffirmé cette attitude à plusieurs reprises, notamment après les répressions à Andijan, en Ouzbékistan, en 2005 condamnés par les Etats-Unis et l’OTAN. En conséquence, l’OCS avait demandé une date butoir pour le départ d’Asie Centrale de la coalition menée par Washington.

Cela avait marqué un tournant pour la présence de l’OTAN dans la région. Tous les pays d’Asie Centrale ont rejoint les Partenariats pour la Paix initiés par l’Alliance Atlantique en 1994, à l’exception du Tadjikistan qui a signé un accord en 2002. Ces coopérations donnent lieu à des relations différentes selon les pays ; elles sont excellentes et fructueuses avec le Kazakhstan et beaucoup plus sensibles notamment avec l’Ouzbékistan. Malgré la création de l’OCS, l’OTAN n’a jamais voulu se départir de ces partenariats bilatéraux et des réticences subsistent sur les intentions de cette nouvelle institution.

… mais nécessaire

La présence d’un haut représentant otanien, ainsi que celle d’autres organisations internationales, pour un sommet de l’institution eurasienne suggèrent plusieurs implications. Tout d’abord, ces différentes délégations, notamment de l’OTAN, de l’ONU, de l’Union Européenne et de l’Organisation de la Conférence Islamique, donnent du crédit et de la légitimité à une OCS jeune et dont la stratégie d’ensemble n’est pas encore pleinement définie. Ensuite, en venant dans la capitale russe, l’OTAN reconnaît que l’OCS peut contribuer à la stabilisation de l’Afghanistan. Essentiel également le fait qu’elle admet désormais l’OCS dans le club restreint des organisations avec un volet sécuritaire.

Toutefois, si ce premier pas est significatif, l’établissement d’une véritable coopération est encore prématuré. L’invitation pour le sommet était adressée au Secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer, présent quelques jours plus tard au sommet de la Haye sur l’Afghanistan, et non à Martin Howard. Le site Internet de l’OTAN ne fait au demeurant aucune mention de la visite du haut représentant à Moscou.

Pourtant, une coopération dans l’immédiat s’impose sur l’Afghanistan. Les pays de l’OCS sont confrontés aux retombées de l’instabilité afghane, particulièrement le trafic de drogue, et ils sont prêts à coopérer. De surcroît, l’OTAN ne peut se permettre le luxe de négliger les aides extérieures tant les défis sont nombreux et dantesques. Une aventure solitaire pourrait bien se terminer dans la ligne de ce que prédit le National Intelligence Council dans son dernier rapport prospectif de la situation mondiale en 2025 (3). La FIAS se sera piteusement retirée de l’Afghanistan, laissant place à l’OCS qui aura profité de cette opportunité pour s’imposer comme un égal de l’OTAN. En 2025, les deux organisations signeront enfin un accord de partenariat, mais en des termes qui n’auront que peu à voir avec ceux que l’OTAN pourraient obtenir aujourd’hui. L’Alliance Atlantique doit profiter qu’elle reste mieux établie que son homologue eurasien pour établir une coopération plus avantageuse. En outre, les défis globaux sont trop nombreux, imprévisibles et transnationaux pour que ces deux organisations ne travaillent pas ensemble.

(1) Voir par exemple Christina Lamb, « US and Iran open Afghanistan peace talks », The Sunday Times, 29 mars 2009.

(2) Déclaration à Douchanbe des chefs d’Etats membres de l’OCS, 17 septembre 2008.

(3) National Intelligence Council, Global Trends 2025 : A Transformed World, p.37-9.

 

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