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Brèves

Le Zimbabwe : un pays en crise(s) ?

29 septembre

Le think tank International Crisis Group vient de publier une note sur la situation politique et économique du Zimbabwe. Ancienne colonie britannique (connue sous le nom de Rhodésie du Sud), le Zimbabwe est aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres de la planète, étant même classé dernier dans la liste des pays par IDH (Indice de Développement Humain). Au pouvoir depuis l’accession du pays à l’indépendance, Robert Mugabe, le président zimbabwéen, vient de fêter ses 34 ans au pouvoir, même si son élection à la tête du pays donna un coup de vis autoritaire au régime. Anciennement florissante son économie a connu une grave récession dans les années 2000 suite à son intervention dans la deuxième guerre du Congo, qui a entraîné de lourdes dépenses militaires, ainsi qu’à la mise en place d’une violente réforme agraire ayant conduit à l’expropriation de plus de 4000 propriétaires terriens descendants de colons blancs qui conduisit à un effondrement de la production agricole dont le pays ne s’est toujours pas remis, le tout couplé à une corruption chronique de l’administration et des élites.


Dans ce contexte précaire, les élections législatives de juillet 2013, si elles ont permis au parti du président, le Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (ZANU-PF), de redevenir majoritaire au Parlement, elles ont échoué à ramener la stabilité dans le pays. Depuis le début de la décennie, le pays fait face à une profonde crise sociale et économique, engendrée par de multiples échecs du gouvernement, qui s’est retrouvée accentuée par une crise de succession au sein du parti présidentiel. Le pays est aujourd’hui insolvable, interdit de prêts par le FMI car sa dette s’élève à plus de 7 milliards d’euros, soit presque le PIB annuel du Zimbabwe. Robert Mugabe a quant à lui près de 90 ans aujourd’hui. S’il affirme se tenir en bonne santé, les rumeurs sur sa santé vont bon train - bon nombre pense qu’il souffrirait d’un cancer de la prostate -, il ne fait guère de doutes que ses capacités sont déclinantes, ce alors que le président s’est toujours bien gardé de nommer un successeur alors qu’il s’est faire réélire l’année dernière pour un nouveau mandat courant jusqu’en 2018.

En effet, si malgré son long exercice du pouvoir, Robert Mugabe ne semble absolument pas prêt à quitter son office, la bataille pour sa succession a déjà commencé au sein du ZANU-PF avec notamment une lutte acharnée entre Joice Mujuru, l’actuelle vice-présidente, et Emmerson Mnangawa, l’actuel ministre de la Justice, considéré comme l’éminence grise du régime, qui a déjà tenu les ministères régaliens de la Défense et de l’Intérieur par le passé. Or un élément est venu brouiller les cartes cet été, celui de la nomination de Grace Mugabe (l’actuelle femme du dictateur) à la tête de la Ligue des femmes du parti présidentiel (ZANU-PF) lui permettant de ce fait d’intégrer les plus hautes instances du régime. Certains analystes ont vu dans cette nomination les prémisses de la mise en place progressive d’une dynastie Mugabe à la tête du pays. Cela étant, le think tank note que les tensions entre les principaux candidats sont légions et qu’il semble aujourd’hui peu vraisemblable que le ZANU-PF survive à la disparition de son fondateur.
De son côté, le principal parti d’opposition, le MDC-T (Movement for Democratic Change – Tsvangirai) a été mis sur la touche depuis sa défaite aux législatives de 2013 et est actuellement secoué par de graves crises internes, ayant notamment abouti à la dissidence de nombreux membres qui ont fondé un nouveau parti, la Zimbabwe Independent Alliance (ZIA), morcelant un peu plus l’opposition au pouvoir.

Du côté de l’économie, la situation n’est guère meilleure, de nombreux secteurs ont ainsi vu leur activité se réduire drastiquement ces dernières années et le gouvernement peine à payer ses fonctionnaires : la masse salariale de l’Etat zimbabwéen atteint près de 20% de son PIB, ce qui est gigantesque. Selon certains économistes, le chômage toucherait quant à lui 80% de la population active. Dans le même temps les sanctions occidentales, décidées suite aux massacres d’opposants organisés par le régime, contribuent un peu plus à asphyxier le peu d’économie locale. Certes certains accords avec la Chine, alliée traditionnelle du Zimbabwe depuis les origines de la lutte pour son indépendance, qui a notamment soutenu et formé bon nombre des chefs dans leur lutte contre l’occupant britannique, ont accordé un peu de répit au pays mais n’ont pas pour autant permis de réformer structurellement le pays. Cette relation bilatérale est extrêmement forte car Robert Mugabe a réalisé cette année son treizième voyage en Chine tandis que le Zimbabwe est le pays africain recevant le plus d’investissements chinois (selon l’agence d’informations officielle Xinhua), soit à peu près 360 millions d’euros.

La sortie de crise passera vraisemblablement en premier lieu par la désignation du successeur de Mugabe dans le cas où ce dernier ne serait plus en mesure d’assurer ses fonctions jusqu’au terme de son mandat ou bien s’il décide de ne pas se représenter aux élections de 2018. Enfin, celui-ci devra s’engager dans de profondes réformes économiques et sociales afin de revitaliser l’économie du pays, obtenir la confiance des investisseurs étrangers afin d’obtenir des prêts, et enfin en organisant une politique efficace de lutte contre le SIDA.

SOURCE : International Crisis Group, RFI, RFI, Le Figaro

 

Du rôle de la religion aux Etats-Unis

24 septembre

Cela fait maintenant un certain temps que le nombre d’Américains sans affiliation religieuse croît chaque année. Mais comme le révèle un sondage du Pew Research Centre, publié ce lundi 22 septembre, le point de vue de ces non-affiliés sur le rôle que doit jouer la religion dans la société américaine n’est absolument pas uniforme.


Selon ce même sondage, 72% des Américains (soit le plus haut total de la dernière décennie) déclarent que la religion est aujourd’hui en perte de vitesse et joue, à leurs yeux, un rôle moins important dans la sphère publique. Parmi ceux estimant que la religion voit son influence décroître, une majorité estime cette perte d’influence comme regrettable. Sans réelle surprise, les Américains non-affiliés à une religion sont le groupe qui réagit le plus favorablement au « déclin » de la religion : il s’agit ainsi du groupe qui rejette le plus violement l’immission de la religion dans la vie publique. On retrouve au sein de ce groupe hétérogène : les agnostiques, les athéistes ainsi que les individus n’adhérant pas à une religion en particulier.

Ce groupe des non-affiliés n’est cependant pas aussi homogène que l’on peut le croire. 34% de ces derniers voient ainsi d’un œil favorable cette perte de vitesse de la religion mais, à l’opposé, 30% d’entre eux déplorent cet état de fait. Ainsi, si la moitié (50%) des agnostiques et des athées voient la perte d’influence de la religion comme une bonne chose (contre 12% d’entre eux qui la déplorent), on peut noter que près de 37% des individus se déclarant croyants mais non membres d’une religion particulière regrettent cette perte de vitesse, là où seulement 27% s’en réjouissent.

Ce n’est pas le seul élément surprenant révélé par ce sondage. En effet, une partie non négligeable des individus ne se réclamant d’aucunes religions en particulier se réjouissent de voir la religion jouer un rôle important dans la vie politique américaine. 29% d’entre eux estiment ainsi qu’il est important que les membres du Congrès présentent de fortes convictions religieuses. Une part, de taille similaire (32%), est quant à elle favorable à ce que les églises s’engagent activement en politique et expriment leurs points de vue sur les questions de société.

Ces informations, surprenantes au premier abord, nous font redécouvrir qu’une part non négligeable des individus « non-affiliés » ne sont pas opposés à la religion en elle-même. 2/3 d’entre eux déclarent ainsi croire en Dieu, 30% se présentant même comme absolument « certain » de l’existence de Dieu, tandis que 21% ont répondu prier quotidiennement.

En conclusion, il apparaît aujourd’hui que de plus en plus d’Américains acceptent tout à fait de voir la religion jouer un rôle central dans leur vie tout en n’étant pas eux-mêmes rattachés à une église.

SOURCE : Pew Research Centre

 

Erasmus : un investissement pour l’avenir ?

23 septembre

Ce lundi (22 septembre), la Commission européenne a publié un rapport s’intéressant aux retombées du programme d’échange d’étudiants Erasmus. En quelques mots, Erasmus est un programme d’échange non-sélectif s’adressant à tous les étudiants de l’enseignement supérieur ayant déjà achevé leur première année d’études. L’enquête d’impact du programme Erasmus, mandatée par l’Union européenne, a ainsi montré que le programme favorisait grandement l’employabilité et la mobilité professionnelle des étudiants. Cette étude, réalisée par des experts indépendants, s’est appuyée sur un panel extrêmement large et diversifié : au total, ce sont près de 80 000 personnes qui ont été interrogées.


Selon l’étude, plusieurs éléments peuvent expliquer cet état de fait. Tout d’abord, il est certain qu’en étudiant ou se formant à l’étranger, les bénéficiaires du programme développent des connaissances moins répandues dans leur pays d’origine tout en améliorant (le plus souvent) leurs compétences en langues. Mais, comme le révèle l’étude, Erasmus permet également aux jeunes de développer des compétences, dites transversales, très prisées des employeurs. En conséquence, les étudiants ayant participés au programme présentent de bien meilleurs résultats sur le marché de l’emploi : 5 ans après leur diplôme leur taux de chômage est inférieur de 23% à ceux des étudiants n’ayant pas pris part au programme. Ces résultats apparaissent comme extrêmement instructifs alors que le chômage des jeunes atteint actuellement des sommets dans les pays de l’UE : ce dernier y atteint près de 23.1% (22.8% pour la France contre 8.1% pour l’Allemagne).

D’après l’étude, un grand nombre d’employeurs (près de 92%) recherchent chez ceux qu’ils envisagent d’embaucher des traits de personnalité que le programme renforce ; on pense ainsi à la confiance en soi, la tolérance, la curiosité, l’adaptabilité. Au cours de l’étude, des tests ont été réalisés sur des étudiants avant et après que ceux-ci ne partent à l’étranger. Or les tests ont montré que les étudiants ayant participé au programme Erasmus présentent des résultats plus élevés (près de 42% supplémentaires) que les élèves restés dans leur pays pour ces traits de personnalité recherchés par les employeurs. De précédentes études en sciences humaines avaient montré que les traits de personnalité des individus sont le plus souvent stables dans le temps et peu sujets à évoluer. Les changements majeurs observés chez les étudiants Erasmus sont cependant de la même intensité que les autres « changements majeurs » intervenus dans la vie de ces étudiants (tels que quitter leurs parents etc.). 99% des universités notent également une augmentation significative de la confiance en soi de leurs étudiants ainsi que de leur adaptabilité (deux critères fortement recherchés par les employeurs) après un séjour à l’étranger.

Les étudiants faisant le choix de participer au programme Erasmus se voient offrir deux possibilités : effectuer un ou plusieurs semestres à l’étranger ou bien alors réaliser un stage en entreprise. Or l’étude révèle également que parmi les étudiants Erasmus ayant décidé de faire un stage, près d’un tiers d’entre eux se voit proposer un poste dans son entreprise d’accueil. L’enquête révèle également que ces stagiaires ont davantage l’esprit d’entreprise que leurs comparses restés au pays. De plus, ils peuvent s’attendre à une progression de carrière plus rapide. En effet, selon 64% des employeurs, les employés disposant d’une expérience internationale se voient offrir plus de responsabilités.

Le nouveau programme, intitulé Erasmus +, lancé en juillet 2014 espère proposer des possibilités de séjour à plus de 2 millions d’étudiants de l’enseignement supérieur entre 2014 et 2020. Il disposera pour cela d’une enveloppe budgétaire de près de 15 milliards d’euros (soit une hausse de 40%). Dans sa stratégie sur la nécessaire refonte de l’enseignement supérieur eu Europe, l’UE s’est fixé comme ambition d’augmenter la part des étudiants internationaux à près de 20% d’ici la fin de la décennie, aujourd’hui ils représentent environ 10% des étudiants (et la moitié d’entre eux bénéficient d’une bourse Erasmus).

C’est donc pour toutes ces raisons qu’Erasmus apparaît aujourd’hui comme un investissement stratégique des étudiants pour leur futur.

SOURCE : Commission européenne, [Les Echos-> http://data.lesechos.fr/pays-indica...

 

De quoi l’Ukraine a-t-elle « vraiment » besoin ?

22 septembre

Le mercredi 17 septembre le Carnegie Endowment for International Peace, think tank américain spécialisé en relations Internationales, a publié une note s’intéressant aux besoins de l’Ukraine alors qu’elle fait face à l’une des pires crises depuis son indépendance en 1991. Et surprise, il n’a pas identifié des besoins en armes ou autres équipements militaires mais a plutôt pointé du doigt l’absolue nécessité d’une aide financière des chancelleries occidentales à l’Ukraine.


La semaine dernière, le président ukrainien Pétro Porochenko s’est rendu aux Etats-Unis pour rencontrer le Président Barack Obama, prononcer un discours devant le Congrès et réitérer ses appels à l’aide, demandant aux autorités américaines de fournir des armes à son pays afin de repousser et de vaincre les troupes séparatistes, financées, équipées et soutenues par Moscou. Or de telles demandes peuvent apparaître comme dévoyées : l’Ukraine n’a aujourd’hui pas besoin de recevoir des armes supplémentaires pour prolonger une guerre qu’inévitablement elle ne pourra gagner, son voisin russe étant bien trop puissant pour elle. Ce qu’elle a aujourd’hui besoin c’est d’une aide financière et économique. Selon de nombreux analystes, l’état des forces est clairement en défaveur de l’Ukraine et sans une intervention militaire directe de l’OTAN, celle-ci ne peut faire face seule à la puissance militaire russe. Or les leaders de l’OTAN ont fait comprendre lors du sommet de Newport (4-5 septembre dernier), qu’ils n’interviendraient pas en Ukraine ; cette dernière n’étant pas membre de l’organisation, rien n’oblige donc les Etats membres à la soutenir.

L’armée ukrainienne, gangrénée par la corruption et mal dirigée, n’est pas de taille contre l’appareil militaire russe. Lui fournir davantage d’armes serait donc inutile. Refondre une nouvelle armée nationale professionnelle, bien équipée, dotée d’une réelle chaîne de commandement efficace ainsi que des capacités logistiques et de renseignement d’une armée moderne semble être un meilleur investissement. En effet, savoir reconnaître sa défaite, apprendre de ses erreurs pour mieux se réformer est souvent bénéfique. Ce processus sera cependant extrêmement long (on parle ici de plusieurs années voire même d’une dizaine d’années). Une aide économique apparaît cependant, elle, comme vitale pour l’Ukraine. Le FMI (Fonds Monétaire International) a ainsi auguré que l’économie ukrainienne allait se contracter de près de 6% cette années tandis qu’on attend une inflation atteignant les 19% ainsi qu’une explosion du chômage. De plus, c’est à l’Est (et dans la péninsule de Crimée) que se trouvait le cœur industriel de l’Ukraine. Or il s’agit de la région la plus touchée pour le conflit et est pour l’essentiel passée sous le contrôle des forces pro-russes. Alors que l’hiver vient, la question de l’approvisionnement énergétique ukrainien va ressurgir et il apparaît légitime de s’inquiéter au sujet de la fiabilité des livraisons de gaz russes.

Il est indéniable que l’ensemble de ces facteurs économiques ont lourdement pesées sur la décision du président ukrainien Petro Porochenko de ratifier un cessez-le-feu à Minsk, tout en proclamant que l’Ukraine avait « gagné la paix ». Reconstruire le pays, son économie, recréer une administration fidèle, non-corrompue apparaissent aujourd’hui comme des tâches autrement plus importantes que venger l’agression russe. Afin de financer ses réformes, l’Ukraine a urgemment besoin de l’aide des chancelleries occidentales or ces dernières sont apparues comme peu généreuses. Les Etats-Unis se sont ainsi contentés de fournir 250 millions à l’Ukraine, tandis que l’Union européenne a proposé des prêts à l’Ukraine ainsi qu’une assistance technique pour se réformer. Les 17 milliards de dollars fournis par le FMI ont quant à eux une lourde contrepartie : l’implantation de lourdes réformes économiques, qui risquent, dans un pays où la situation politique précaire, l’administration partiellement en déroute, où les autorités ne contrôlent qu’une partie du territoire, de conduire à un étouffement de la croissance.

L’Ukraine n’a aujourd’hui pas d’autre choix selon le think tank que de reconnaître qu’elle ne peut repousser à elle-seule l’agression russe. Autoriser les régions (Donetsk et Lougansk) tenues par les pro-russes de vivre sous un statut spécial prévoyant une large autonomie, tout en focalisant ses efforts sur la reconstruction et la réforme des institutions semble être l’unique voie qui s’ouvre aux autorités ukrainiennes. De leur côté, les alliés de l’Ukraine peuvent l’aider en poussant par exemple l’ONU à déployer une force de maintien de la paix pour s’assurer de l’effectivité du cessez-le-feu entre les belligérants tout en offrant une aide économique importante à l’Ukraine afin de permettre la stabilisation du pays et du gouvernement.

SOURCE : Carnegie Endowment for International Peace

 

Au nom de la lutte anti-terroriste peut-on s’affranchir des lois : l’exemple du Kenya

19 septembre

Mardi 16 septembre, l’ONG Human Rights Watch a publié un article portant sur les abus et les exactions commis par les forces de sécurité kenyanes dans leur lutte contre les groupes terroristes qui gangrènent le pays. Selon l’ONG, l’unité anti-terroriste, aussi connu sous le nom d’ATPU, aurait ainsi été impliquée dans une dizaine d’exécutions sommaires et une dizaine de disparitions forcées depuis 2011. Les membres de l’unité sont ainsi soupçonnés d’avoir harcelés et filés des individus, suspectés d’être membres de groupes terroristes, avant de les assassiner au lieu de procéder à leur arrestation afin de permettre leur jugement.


Ces évènements appuient les précédentes déclarations de l’ONG, accusant cette unité de s’affranchir allègrement des procédures légales en matière criminelle et de leur préférer un recours massif à la terreur et la violence. Ils reflètent le caractère quasi-systématique des abus (assassinats, usage de la torture, disparitions forcées) commis par les forces de sécurité kényanes lors d’opérations « anti-terroristes ». Ces accusations d’un recours excessif à la violence ne sont pas nouvelles. On peut ainsi se souvenir des violences post-électorales de 2007-2008 durant lesquelles la police kenyane est accusée d’avoir eu recours excessivement à la violence contre les manifestants (le président sortant Mwai Kibaki avait été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle avec moins de 300 000 voix d’avance sur son adversaire NDLR). Ce recours systématique à la violence, couplé à une corruption présente à tous les étages de l’Etat kenyan fragilise cependant, paradoxalement, les capacités du Kenya à lutter contre les entités le menaçant (shebabs somaliens, etc.).

Les populations les plus fragiles, telles que les réfugiés somaliens (plus de 400 000 Somaliens se sont réfugiés au Kenya ces 20 dernières années), sont les plus à même d’être victimes de ces violences policières. Les descentes de police dans les camps de réfugiés, où les shebabs somaliens sont très présents et cherchent à s’infiltrer continuellement, sont ainsi légions et la violence coutumière : les réfugiés sont régulièrement sommés d’abandonner le peu de biens qu’ils possèdent (téléphones portables, nourriture) aux membres des forces de sécurité, quand ils ne sont pas purement et simplement arrêtés et détenus arbitrairement.

Ces actions « musclées des forces de sécurité s’expliquent par une recrudescence de la violence sur le territoire kenyan sur ces dernières années. Le gouvernement s’est ainsi attiré l’antipathie des shebabs somaliens, qui ont aujourd’hui juré allégeance à Al-Qaïda, en s’engageant en 2011 dans la lutte contre ces derniers aux côtés du gouvernement somalien et de la communauté internationale. Les attaques de groupes armés contre la population civile se sont ainsi multipliées ces derniers mois, les assaillants pénétrant dans les villes, abattant une dizaine de civils puis repartant dans la nuit, laissant les familles des victimes pleurer leurs morts.

La réponse du gouvernement kényan à ces actes de violence a été tout à la fois maladroite et brutale : de larges contingents des forces de sécurité ont ainsi été déployés sur les lieux des attaques dans les semaines ayant suivi ces dernières. Les forces gouvernementales s’y sont illustrées par la violence dont elles ont fait preuve durant leur enquête, arrêtant et passant à tabac des dizaines de personnes. Certains officiers ont justifié ce recours à la violence par l’inefficacité du système judiciaire kényan. L’un d’eux a même déclaré : « Au Kenya, le système judiciaire n’est pas favorable au travail de la police. Nous avons donc opté pour l’élimination des suspects. Nous vous identifiions, nous vous exécutons sous les yeux de votre famille, en commençant par les leaders ».

Il est certain que le Kenya fait face à une situation extrêmement grave et que la lutte anti-terroriste est prodigieusement compliquée à mettre en œuvre. Mais ce n’est pas pour autant une excuse, dénonce l’ONG, pour justifier de telles pratiques au nom de la « sécurité nationale ». La réalité du terrain montre ainsi que la voie suivie par les autorités kenyanes n’est pas la bonne et est même inefficace : depuis 2011, plus de 70 attaques à la grenade et aux armes à feu ont été lancées à Nairobi, Mombassa et Garissa (trois des plus grandes villes du pays, toutes situées au Sud-Est). On peut également penser à la spectaculaire attaque du centre commercial Westgate en plein cœur de Nairobi (la capitale), qui coûta la vie à 61 civils et en blessa plus de 200 autres.

De plus, la réaction brutale des autorités risque d’attiser la haine dans le cœur des populations ciblées et pour chaque homme battu, arbitrairement détenu ou exécuté sommairement, c’est une famille toute entière qui risque de basculer dans la révolte, prévient Human Rights Watch. Bon nombre de Kényans auraient ainsi rejoint les shebabs du fait des exactions commises lors de campagnes anti-terroristes par les forces de sécurité kényanes. L’emploi de la force brute n’est pas gage de réussite absolue comme en témoigne l’échec de bon nombre d’opérations de contre-insurrection (Algérie pour la France, Vietnam pour les Etats-Unis, « échecs » en Afghanistan et en Irak). Pour discréditer son adversaire, qui se caractérise par une organisation lâche, découpée en de multiples cellules indépendantes se fondant au milieu de la population, l’Etat kényan se doit, avant toute chose, « gagner les cœurs et les esprits ».

Ces abus répétés des forces de sécurité ont cependant été passés sous silence par le gouvernement kényan. Le même reproche peut être adressé aux puissances occidentales (USA, UK) alliés du Kenya dans sa lutte anti-terroriste, qui persistent, malgré ses pratiques répréhensibles, dans leur soutien au régime.

SOURCE : Human Rights Watch

 

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