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Brèves

Au nom de la lutte anti-terroriste peut-on s’affranchir des lois : l’exemple du Kenya

19 septembre

Mardi 16 septembre, l’ONG Human Rights Watch a publié un article portant sur les abus et les exactions commis par les forces de sécurité kenyanes dans leur lutte contre les groupes terroristes qui gangrènent le pays. Selon l’ONG, l’unité anti-terroriste, aussi connu sous le nom d’ATPU, aurait ainsi été impliquée dans une dizaine d’exécutions sommaires et une dizaine de disparitions forcées depuis 2011. Les membres de l’unité sont ainsi soupçonnés d’avoir harcelés et filés des individus, suspectés d’être membres de groupes terroristes, avant de les assassiner au lieu de procéder à leur arrestation afin de permettre leur jugement.


Ces évènements appuient les précédentes déclarations de l’ONG, accusant cette unité de s’affranchir allègrement des procédures légales en matière criminelle et de leur préférer un recours massif à la terreur et la violence. Ils reflètent le caractère quasi-systématique des abus (assassinats, usage de la torture, disparitions forcées) commis par les forces de sécurité kényanes lors d’opérations « anti-terroristes ». Ces accusations d’un recours excessif à la violence ne sont pas nouvelles. On peut ainsi se souvenir des violences post-électorales de 2007-2008 durant lesquelles la police kenyane est accusée d’avoir eu recours excessivement à la violence contre les manifestants (le président sortant Mwai Kibaki avait été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle avec moins de 300 000 voix d’avance sur son adversaire NDLR). Ce recours systématique à la violence, couplé à une corruption présente à tous les étages de l’Etat kenyan fragilise cependant, paradoxalement, les capacités du Kenya à lutter contre les entités le menaçant (shebabs somaliens, etc.).

Les populations les plus fragiles, telles que les réfugiés somaliens (plus de 400 000 Somaliens se sont réfugiés au Kenya ces 20 dernières années), sont les plus à même d’être victimes de ces violences policières. Les descentes de police dans les camps de réfugiés, où les shebabs somaliens sont très présents et cherchent à s’infiltrer continuellement, sont ainsi légions et la violence coutumière : les réfugiés sont régulièrement sommés d’abandonner le peu de biens qu’ils possèdent (téléphones portables, nourriture) aux membres des forces de sécurité, quand ils ne sont pas purement et simplement arrêtés et détenus arbitrairement.

Ces actions « musclées des forces de sécurité s’expliquent par une recrudescence de la violence sur le territoire kenyan sur ces dernières années. Le gouvernement s’est ainsi attiré l’antipathie des shebabs somaliens, qui ont aujourd’hui juré allégeance à Al-Qaïda, en s’engageant en 2011 dans la lutte contre ces derniers aux côtés du gouvernement somalien et de la communauté internationale. Les attaques de groupes armés contre la population civile se sont ainsi multipliées ces derniers mois, les assaillants pénétrant dans les villes, abattant une dizaine de civils puis repartant dans la nuit, laissant les familles des victimes pleurer leurs morts.

La réponse du gouvernement kényan à ces actes de violence a été tout à la fois maladroite et brutale : de larges contingents des forces de sécurité ont ainsi été déployés sur les lieux des attaques dans les semaines ayant suivi ces dernières. Les forces gouvernementales s’y sont illustrées par la violence dont elles ont fait preuve durant leur enquête, arrêtant et passant à tabac des dizaines de personnes. Certains officiers ont justifié ce recours à la violence par l’inefficacité du système judiciaire kényan. L’un d’eux a même déclaré : « Au Kenya, le système judiciaire n’est pas favorable au travail de la police. Nous avons donc opté pour l’élimination des suspects. Nous vous identifiions, nous vous exécutons sous les yeux de votre famille, en commençant par les leaders ».

Il est certain que le Kenya fait face à une situation extrêmement grave et que la lutte anti-terroriste est prodigieusement compliquée à mettre en œuvre. Mais ce n’est pas pour autant une excuse, dénonce l’ONG, pour justifier de telles pratiques au nom de la « sécurité nationale ». La réalité du terrain montre ainsi que la voie suivie par les autorités kenyanes n’est pas la bonne et est même inefficace : depuis 2011, plus de 70 attaques à la grenade et aux armes à feu ont été lancées à Nairobi, Mombassa et Garissa (trois des plus grandes villes du pays, toutes situées au Sud-Est). On peut également penser à la spectaculaire attaque du centre commercial Westgate en plein cœur de Nairobi (la capitale), qui coûta la vie à 61 civils et en blessa plus de 200 autres.

De plus, la réaction brutale des autorités risque d’attiser la haine dans le cœur des populations ciblées et pour chaque homme battu, arbitrairement détenu ou exécuté sommairement, c’est une famille toute entière qui risque de basculer dans la révolte, prévient Human Rights Watch. Bon nombre de Kényans auraient ainsi rejoint les shebabs du fait des exactions commises lors de campagnes anti-terroristes par les forces de sécurité kényanes. L’emploi de la force brute n’est pas gage de réussite absolue comme en témoigne l’échec de bon nombre d’opérations de contre-insurrection (Algérie pour la France, Vietnam pour les Etats-Unis, « échecs » en Afghanistan et en Irak). Pour discréditer son adversaire, qui se caractérise par une organisation lâche, découpée en de multiples cellules indépendantes se fondant au milieu de la population, l’Etat kényan se doit, avant toute chose, « gagner les cœurs et les esprits ».

Ces abus répétés des forces de sécurité ont cependant été passés sous silence par le gouvernement kényan. Le même reproche peut être adressé aux puissances occidentales (USA, UK) alliés du Kenya dans sa lutte anti-terroriste, qui persistent, malgré ses pratiques répréhensibles, dans leur soutien au régime.

SOURCE : Human Rights Watch

 

Manifestations à Sanaa, quel futur pour le Yémen ?

16 septembre

Le think tank International Crisis Group a publié lundi 8 septembre une note s’intéressant à la situation au Yémen. Il explique ainsi que la transition yéménite semble aujourd’hui être à un tournant bien plus dangereux que tous les précédents depuis 2011, date du début de la « révolution yéménite » qui conduisit au renversement du président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir pendant 32 ans. Les Houthis, un ancien groupe rebelle chiite zaïdite (aussi connu sous le nom d’Ansar Allah), est en ce moment en train de mobiliser ses éléments dans la capitale, organisant des manifestations appelant à la démission du gouvernement et au rétablissement des subventions sur l’essence, qui ont été supprimées en juin dernier. Encore plus inquiétant, certains de leurs partisans sont en train d’installer des « camps de protestation » dans la banlieue de la capitale, permettant un potentiel siège (voire une prise) de la ville. La situation est extrêmement tendue et les risques de violence importants.


Depuis plus d’un an, les Houthis sont en train de chercher à conforter leur assise territoriale dans le Nord du pays. Bon nombre de Yéménites dont les partisans du General People’s Congress (GPC), le parti de l’ancien président Saleh, ainsi que ceux de l’actuel président (Abdo Robo Mansour Hadi) se sont ainsi réjouis de les voir défaire certains de leurs ennemis communs, comme les groupes salafistes, le clan al-Ahmar ainsi que les partisans du parti islamiste Islah. Mais la prise de la ville d’Amran en juillet dernier, à 50 km au nord de la capitale, ainsi que de sa base militaire (ayant conduite à la mort de son commandant), avant sa remise au gouvernement yéménite, a entraîné un changement de vision des autorités centrales, qui s’interrogent désormais sur la réelle teneur du mouvement.

Le débat s’est accentué avec la division du gouvernement actuel en deux blocs égaux autour de la question des subventions sur le carburant. Le risque d’une banqueroute étant imminent, le gouvernement ne disposait pas d’une grande marge de manœuvre, c’est cependant la manière dont cette décision a été mise en place (soudainement, sans débat public), qui a posé problème. Le mouvement Houthis en a profité pour mobiliser bon nombre de Yéménites (quelle que soit leur orientation politique) contre le gouvernement, réclamant la démission du gouvernement, une plus grande lutte contre la corruption, l’ouverture du gouvernement à d’autres groupes. Les exigences du mouvement ont résonné dans de larges franges de la population yéménite mais, si elles sont entendues par le pouvoir, peuvent aider à renforcer le soutien populaire à la transition en place, qui est en perte de vitesse actuellement.

Si les objectifs du mouvement sont encore peu clairs voire mouvants, les manifestations sont partie intégrante d’un processus de négociation à travers lequel le mouvement espère devenir la force principale du Nord du pays et plus puissant au niveau national. Les forces armées du mouvement chercheraient ainsi à changer les rapports de force au sein du Yémen, ce qui est interprété comme une volonté de renégocier la structure fédérale découpant le Yémen en 6 régions, décidée lors de la National Dialogue Conference, qui s’est achevée en janvier 2014.

Le 2 septembre, l’actuel président (Abdo Robo Mansour Hadi) a annoncé qu’il avait partiellement répondu aux exigences des Houthis. Il a proposé entre autres de former un gouvernement d’ouverture (comprenant davantage de parties et de groupes politiques) et de baisser le prix des carburants de 30%. Cette initiative n’a cependant pas eu l’effet escompté car elle a été présentée comme un fait accompli et a été interprétée comme une décision unilatérale. Si certains partis comme le GPC et Islah ont signé la proposition, les Houthis ont rejeté l’offre jugeant la réduction de prix insuffisante tout en réclamant une plus large ouverture économique ainsi qu’une réforme de la méthode de nomination du gouvernement. Le mouvement a alors intensifié ses manifestations dans la capitale, pensant que l’agitation lui permettrait d’atteindre ses fins. Le 7 septembre, en signe avant-coureur de ce qui pourrait advenir si la situation venait à s’envenimer, les forces gouvernementales ont réprimé très durement une manifestation, faisant de nombreux blessés et deux morts parmi les partisans Houthis.

L’initiative présidentielle, sous certaines conditions, peut vraisemblablement servir de base pour un accord entre les parties. L’alternative est de voir le pays sombrer dans un conflit aussi grave que celui de 2011, où l’armée s’était divisée en deux camps égaux, l’un supportant l’ancien président et l’autre l’insurrection. La situation actuelle est vraisemblablement encore plus délicate car le nombre de forces en action s’est multiplié : aucune des principales forces politiques n’est ainsi en mesure de contrôler la capitale seule, ni est en mesure de contrôler ses partisans en cas de flambée de violence. De plus, une éruption de violence dans la capitale pourrait conduire à des soubresauts indépendantistes dans le Sud, qui est miné par les querelles internes et l’infiltration d’Al-Qaïda.

Point positif, des accords ont été trouvés sur de nombreux points tels que la formation d’un gouvernement plus ouvert incluant des membres du mouvement Houthis. Les points chauds actuels sont principalement la question des subsides aux carburants et la poursuite des réformes économiques. Il est maintenant temps que les deux parties s’assoient à la table des négociations, sinon les tensions croissantes risqueraient de tuer dans l’œuf l’accord politique trouvé à travers la National Dialogue Conference. Le président Hadi doit ainsi rationaliser le processus de négociation tout en gardant les services de renseignement sous coupe réglée. Si de nombreux opposants au mouvement ont accusé les Houthis de vouloir fonder au Yémen un régime théologique comme en Iran ou bien de vouloir construire (à l’image du Hezbollah libanais) un véritable Etat dans l’Etat, c’est désormais aux dirigeants du mouvement Houthis de montrer leur bonne foi en acceptant un compromis qui ne sera inévitablement (car c’est un compromis) à la hauteur de leurs revendications.

SOURCE : International Crisis Group

 

L’Inde et le mouvement djihadiste

15 septembre

Un analyste travaillant du think tank américain Carnegie Endowment for International Peace s’est intéressé à la question du mouvement djihadiste en Inde et de ses évolutions. Dans un premier temps, il rappelle que l’Inde a été confrontée de longue date à une menace djihadiste (soutenue par le Pakistan) mais que si le « terrorisme soutenu par Un état étranger » reçoit traditionnellement la plus grande attention, ce sont cependant les éléments locaux qui sont responsables de la majorité des attaques djihadistes dans le pays. Il rappelle également que si certaines attaques ont pu être appuyées par le Pakistan (ou bien organisées avec son aide), ce n’est pas le cas de toutes.


L’auteur s’intéresse tout d’abord à l’évolution de la structure du mouvement djihadiste indien. Il montre que les tensions confessionnelles n’ont pas cessé en Inde malgré l’indépendance et la partition (sur des bases religieuses) de l’ancienne colonie britannique en 1947. Il rappelle également que la pauvreté dans laquelle vit bon nombre d’Indiens musulmans ainsi que le sentiment que les leaders musulmans ont échoué à protéger la communauté des hindous, les plus fanatiques ont créé un terreau favorable aux extrémistes religieux. Les violents affrontements communautaires de 2002 dans l’Etat du Gujarat ont parachevé le basculement d’une frange de la population musulmane indienne dans le terrorisme L’auteur rappelle ensuite un dernier élément central du djihadisme indien : il se caractérise par un lien étroit entre criminalité organisée et réseaux djihadistes. La campagne d’attentats la plus meurtrière de l’histoire de l’Inde a ainsi été organisée par la D-Compagnie (l’organisation criminelle la plus puissante d’Asie du Sud) et son leader (musulman) Dawood Ibrahim en collaboration avec les services secrets pakistanais en mars 1993.

L’analyste explique également que la TIM (Organization for the improvement of Muslims)était à l’origine une simple milice d’auto-défense, créée en 1985 dans les bidonvilles de Mominpora, avant de progressivement basculer dans le terrorisme. Il montre aussi que le groupe IM (Indian mujahideen), s’il n’a annoncé sa création qu’en 2007, opérait en réalité depuis bien plus longtemps sur le territoire indien et que ce dernier a été responsable de nombreuses attaques à la bombe entre 2005 et 2008. L’arrestation en 2008 par la police indienne de certains de ses chefs entraîna une dispersions des militants djihadistes qui pour certains entrèrent dans la clandestinité ou qui, pour d’autres, se réfugièrent dans les pays du Golfe, ce qui contraignit le groupe à stopper ses attaques pendant deux ans. La possibilité de se réfugier au Pakistan avant de rejoindre les Pays du Golfe, comme l’Arabie Saoudite ou les Emirats arabes unis, permit cependant aux leaders de l’IM de reconstruire leur réseau.

L’auteur s’est ensuite intéressé à l’échelle et à la structure des groupes djihadistes. Il explique ainsi qu’une multitude d’entités djihadistes sont aujourd’hui à l’œuvre en Inde. L’organisation IM devrait ainsi davantage être vue comme un label regroupant une multitude de groupes : chaque cellule n’est pas en contact avec toutes les autres du groupe. Lors des attaques de 2008, certains individus n’ont ainsi appris que leur cellule était membre de l’IM qu’après que leurs chefs aient revendiqué ces attaques au nom de l’IM. Les services secrets indiens estiment que le réseau IM comprend aujourd’hui une centaine de militants dont certains ont fui le pays.

L’analysterappelle également que le groupe est davantage un réseau terroriste qu’une organisation djihadiste. En effet, le mouvement n’est guère porté sur la théologie mais trouve plutôt son origine dans une volonté de se « venger » des injustices subies par les musulmans indiens. Il s’agit ainsi avant tout d’une campagne terroriste locale alimentée par des griefs communautaires et religieux (sentiments d’injustice et exclusion de la société, dénonciation des inégalités de revenus). La majorité des terroristes indiens auraient ainsi basculé dans la violence du fait de ces griefs. Il est également intéressant de noter qu’une partie des militants djihadistes ont été recrutés dans les pays du Golfe car ces derniers comprennent une forte population indienne qui y a emménagé dans l’espoir de trouver du travail.

Si bon nombre de militants ont été formés au Pakistan, on assiste aujourd’hui à une véritable « indigénisation » des mouvements terroristes locaux. Au fil des années, les militants indiens ont appris à produire localement et à manier des explosifs. De moins en moins d’apprentis terroristes sont aujourd’hui envoyés, pour y être formés, au Pakistan mais sont au contraire, formés directement au maniement des armes et des explosifs sur le territoire indien même, comme dans la jungle d’Hubli dans l’Etat du Karnataka (Sud-Ouest de l’Inde).
Jusqu’à récemment le Bangladesh (ex-Pakistan Oriental) était considéré comme un point de transit majeur pour les militants djihadistes. L’élection de Sheikh Hasina en 2009 a cependant grandement contribué à rendre le transit par le Bangladesh beaucoup plus compliqué.

Quant à la question du rôle joué par les services secrets pakistanais (ISI) dans le développement et le contrôle du mouvement djihadiste indien, les hypothèses sont multiples et variées. Il est cependant, généralement, admis que l’ISI exerce un certain contrôle sur les activités de l’IM. En effet, il semble peu probable que l’ISI offre un refuge sur le sol pakistanais aux djihadistes indiens sans rien attendre en contrepartie. De ce fait, bon nombre d’analystes pensent que l’IM est sous la coupe intégrale des services pakistanais. D’autres pensent plutôt que l’ISI « engage » les éléments djihadistes quand il en ressent le besoin. Certains analystes indiens pensent quant à eux que les réseaux djihadistes indiens exécutent certaines missions pour l’ISI mais que le reste du temps ils demeurent libres d’accomplir leurs propres objectifs selon la formule suivante : « Vous faites ce que je vous dis, mais je ne vous dirai pas tout ce que vous devez faire ».

Le mouvement djihadiste indien constitue donc une question de sécurité interne comprenant une dimension externe. Ces deux dimensions sont historiquement fortement entrelacées ; on a cependant assisté ces dernières années à un estompement des frontières entre ces deux composantes.
Paradoxalement, l’une des plus grandes peurs des officiels indiens n’est pas l’organisation d’une campagne terroriste de grande ampleur mais plutôt les conséquences que cette dernière pourrait avoir sur les militants hindous les plus radicaux. Certains extrémistes hindous ont ainsi organisé des attentats en réponse aux attaques terroristes organisées par des musulmans et de « l’incapacité » de leur gouvernement à y faire face. Or ces réactions ne peuvent qu’alimenter le cycle de la haine en apportant de l’eau au moulin des extrémistes musulmans qui dénoncent l’oppression de leur minorité par la majorité hindoue.

SOURCE : Carnegie Endowment for International Peace

 

100 jours après le coup d’Etat les exactions se poursuivent en Thaïlande

11 septembre

Amnesty International a publié aujourd’hui un rapport dénonçant les exactions de la junte militaire. Cela fait en effet désormais plus de 100 jours (depuis le 22 mai), que les militaires thaïlandais dirigés par le général Prayuth Chan-ocha ont instauré la loi martiale et pris le pouvoir. De nouvelles élections législatives, permettant la formation d’un gouvernement ne devraient pas avoir lieu avant 2015 au plus tôt, ce en dépit des appels répétés de la communauté Internationale à organiser un retour rapide à la démocratie. Il convient également de rappeler que les coups d’Etats sont malheureusement une « tradition » en Thaïlande, où l’armée totalise 12 coups d’Etats réussis et 7 avortés depuis 1982.


Ce rapport, intitulé « Thailand : Attitude adjustement,100 days under martial law » est la première enquête s’intéressant à la question des droits de l’homme en Thaïlande depuis la prise du pouvoir par les militaires. Richard Bennet, le directeur de l’antenne Asie-Pacifique d’Amnesty International, déclare que « trois mois après ce coup d’Etat, nos recherches révèlent des violations généralisées des droits humains commises par le gouvernement militaire ». En effet, depuis sa prise du pouvoir, l’armée thaïlandaise a pris bon nombre de décisions entamant largement les droits et libertés individuels des populations tels que le recours à des détentions arbitraires, la restriction de libertés individuelles ainsi que du droit à disposer d’un procès juste et équitable. Lors de leur coup d’Etat, comme le rappelle le rapport, les militaires ont notamment dissous le Parlement et abrogé quasiment l’intégralité de la Constitution thaïlandaise (notamment les dispositions protégeant les droits des citoyens), qui a été remplacée par une Constitution intérimaire donnant les pleins pouvoirs aux militaires.

Les militaires justifient leur prise du pouvoir par la nécessité d’organiser un retour des choses à la normale et d’assurer la sécurité du pays, c’est-à-dire en stoppant le flot ininterrompu de manifestations, qu’a connu la Thaïlande ces dernières années (opposition entre les « chemises jaunes » ultraroyalistes et les « chemises rouges » partisanes de Thaksin Shinawatra puis de sa sœur Yingluck Shinatrawa). Dans sa volonté de museler l’opposition, le gouvernement militaire (qui s’est renommé Conseil national pour la paix et l’ordre) a lancé des vagues d’arrestations et de détentions arbitraires systématiques visant des centaines de personnes, majoritairement favorables à l’ancien gouvernement. Si, comme le rappelle le rapport, les personnes arrêtées ne sont majoritairement pas restées emprisonnées plus d’une semaine, elles n’ont pas moins été inculpées sans mandat ni procès, sans possibilité de disposer d’un avocat et ont même parfois été tenues au secret ; leurs droits les plus primaires ont donc été très largement bafoués. Pour obtenir leur libération, elles ont dû signer un document où elles s’engageaient à ne plus prendre part à des activités politiques (concept qui n’a évidemment pas été défini) ; s’ils refusaient de signer certains militaires n’ont pas hésité à exercer des pressions (arrestation ou menace d’arrestation) sur les familles et proches des « inculpés ». De nombreux actes de torture et de traitements inhumains ou dégradants ont également été relevés : de nombreux détenus faisant état de passages à tabac, de simulacre de mort par asphyxie. Il faut rappeler que les mauvais traitements dans les lieux de détention et dans les régions du Sud du pays (sous le coup de la loi martiale depuis 9 ans déjà) ne sont pas un problème nouveau en Thaïlande et avaient déjà été pointés du doigt.

Le gouvernement militaire a également imposé de sévères restrictions aux libertés d’expression et de réunion pacifique, empêchant de ce fait tout débat public. Il a ainsi organisé la fermeture de journaux, de chaînes de télévision, de radios ou même le blocage de nombreux sites web, des comités ayant été mis en place pour surveiller et censurer les médias. Dans le même temps, simultanément à l’instauration de la loi martiale, une interdiction des rassemblements de plus de 5 personnes a été instituée, assortie d’un couvre-feu, ce qui constitue une violation massive du droit de se rassembler pacifiquement : tout contrevenant peut désormais se voir infliger une peine d’un an de prison ferme. Porter des t-shirts « favorisant la division » comme lire certains livres (tels 1984 de Georges Orwell devenu un symbole des opposants au coup d’Etat) sont aujourd’hui sévèrement réprimés par les forces de l’ordre. En effet, selon les militaires ces dispositions sont nécessaires pour « des raisons de sécurité nationale car les manifestations peuvent conduire à des actes de violence ». Selon les propres termes des autorités une « vaste majorité des citoyens ont été heureux de sacrifier leur liberté d’expression pour soutenir leurs efforts de restaurer la paix ». Enfin les militaires réalisent une lecture abusive de la loi sanctionnant le crime de lèse-majesté pour emprisonner certains opposants.

Le droit des Thaïlandais à disposer d’un procès juste et équitable est également sévèrement menacé puisque de nombreux manifestants vont être jugés dans les semaines à venir devant des tribunaux militaires (des militaires jugeront donc des civils) sans disposer d’aucune possibilité de recours contre la décision rendue par le tribunal.

Le rapport d’Amnesty énonce ainsi une série de recommandations pour le gouvernement thaïlandais incitant le gouvernement militaire à stopper ses exactions et à suspendre les violations des droits de l’homme commis par ces membres.

SOURCE : [Amnesty International-> https://www.amnesty.nl/sites/defaul...

 

La cyborgisation : quelles conséquences politiques et légales ?

11 septembre

Le think tank américain Brookings a récemment publié un rapport s’intéressant au développement des technologies, de leur intégration croissante dans nos modes de vie ainsi qu’aux implications politiques et légales de ces changements majeurs.


Le rapport débute avec le récit d’une anecdote extrêmement intéressante : en juin 2014, la Cour Suprême des Etats-Unis a rendu une décision dans laquelle l’intégralité des juges a déclaré que les officiers de police ne sont pas en mesure de fouiller un téléphone portable et les données qu’il contient lors d’une arrestation sans la délivrance préalable d’un mandat par un juge. John Roberts, le juge en chef des Etats-Unis, a même déclaré que « les téléphones portables sont maintenant une partie intégrante de notre vie quotidienne, à tel point qu’un visiteur venu de Mars pourrait conclure qu’ils font partie intégrante de l’anatomie humaine. Cette affaire nous montre ainsi que la loi devra de plus en plus s’adapter au rôle croissant des technologies dans nos vies.

Selon les auteurs, le point fondamental est que tous ces outils technologiques n’ont pas de droits, à la différence des êtres humains, car ils ne sont pas des êtres vivants mais que ce fossé se comble peu à peu car nous « portons ces outils en permanence sur nous ». La séparation entre « humains » et « machines » semble aujourd’hui de plus en plus artificielle. Il suffit ainsi d’observer les gens dans la rue pour se rendre compte de l’intensité avec laquelle les nouvelles technologies ont bouleversé nos vies : les smartphones et les appareils électroniques portatifs ont ainsi augmenté nos capacités à des niveaux qui apparaitraient comme surhumains il y a quelques décennies.

Notre droit sépare aujourd’hui les êtres humains et les smartphones comme deux entités séparées. Une personne avec un pacemaker ou un vétéran avec une prothèse robotique sont aujourd’hui vus comme des individus se servant d’appareils électroniques. Or nos législations vont être amenées immanquablement à changer au fur et à mesure que nous évoluons en humains partiellement machines ou, tout au moins, qui dépendent des machines dans leurs activités.
Cette notion d’hybridation entre les êtres humains et les machines se retrouve dans le concept du cyborg, qui peut se définir comme une personne dont le fonctionnement biologique est dépendant d’un appareil électronique ou une personne dont les capacités biologiques sont étendues au-delà des limites physiologiques humaines grâce à l’emploi de machines.

L’irruption des nouvelles technologies va également conduire à l’émergence de nouveaux débats. Le plus anciens concernant la bioéthique est ainsi celui du « remplacement » (d’un organe défectueux) contre celui de « l’amélioration » (au-delà des capacités physiologiques naturelles). Les vaccins sont ainsi unanimement acceptés car ils fonctionnent sur le même principe que le système immunitaire, sont administrables à tous, etc. De l’autre côté, l’amélioration des capacités (physiques et cérébrales) est lui associé à la triche et est vu comme un avantage déloyal (dopage dans le sport, développement de programmes de super-soldats). Cette distinction est cependant moins fiable que ce que l’on peut généralement penser. Elle dépend tout d’abord de la définition de la santé et de la déficience proposée par la société ; elle dépend également du contexte social et peut évoluer en fonction des progrès scientifiques et techniques. On peut ainsi penser à la controverse Pistorius, où un athlète venu du handisport (amputé des deux tibias et équipé de lames de carbone) a réussi à concourir avec des valides. Pour certains, cela n’était que le fruit de son travail, pour d’autres ces lames lui donnaient un « avantage déloyal ».

Ces nouvelles technologies vont également relancer un débat (vieux comme le monde) : celui de la sécurité des systèmes. Par exemple, aujourd’hui la majorité des pacemakers sont connectés par réseau sans fil à des transmetteurs, présents chez le patient, qui communiquent les données enregistrées aux médecins du patient. Or de nombreux experts ont démontré l’existence de nombreuses failles dans ces systèmes de données.
La technologie apparaît aujourd’hui comme un gâteau empoisonné car elle permet d’un côté de libérer les êtres humains en leur permettant d’interagir à l’échelle de la planète toute entière dans un monde intégré et connecté, mais de l’autre côté, elles permettent aussi la surveillance constante de nos moindres faits et gestes : on peut quasiment être certain que notre « évolution » en cyborg Aura des conséquences dans le domaine de la surveillance.

Les cyborgs sont ainsi de parfaits outils de surveillance mais y sont également incroyablement vulnérables.
Il est ainsi fondamental de noter que toute activité d’un cyborg génère automatiquement la création de données informatiques, à la différence de l’activité d’un être humain classique (à l’exception des empreintes et des traces d’ADN), qui peut penser, se déplacer, parler sans laisser de traces. Une activité cybernétique est quant à elle inévitablement enregistrée et les données ainsi créées doivent être stockées, ce qui facilitera forcément la surveillance des individus ou « l’interception » de ces données. Plus nos sociétés seront connectées, plus elles produiront de données et donc plus elles seront vulnérables.

De l’autre côté, les cyborgs sont également de puissants instruments d’enregistrement et de surveillance. La cyborgisation transforme de façon inhérente les individus en des entités capables de collecter, stocker et utiliser de larges volumes de données. Le cyborg permet dès lors une surveillance de masse extrêmement poussée. Cela peut être utilisé à bon escient dans l’espoir de décourager un crime mais la cyborgisation réduit dans le même temps la vie privée à peau de chagrin : rien ne se perd, tout se sait désormais. De plus, dans un monde de cyborgs, lancer la surveillance d’une machine ou d’un appareil électronique conduira indubitablement à la surveillance d’un individu. Il ne faut pas se leurrer, lorsque nous collectons les données non-biologiques d’un appareil électronique, nous collectons indirectement des données sur une personne : quand nous suivons les coordonnées GPS d’un téléphone, nous suivons les déplacements d’un individu. Ainsi, plus les machines joueront un rôle central dans nos vies, plus nous produirons de données et plus ces enjeux seront importants.

Une question centrale émergera alors : devrons nous accorder aux machines une part de ce que nous considérons traditionnellement comme des droits inhérents à l’espère humaine ou bien devrons nous priver les êtres humains d’une partie de leurs droits (droit à la vie privée, liberté) au fur et à mesure qu’ils se « mécanisent » ?

SOURCE : Brookings

 

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Alors que l’Afrique centrale a connu de nombreux remous récemment, notamment en République centrafricaine, le GRIP publie une note d’analyse étudiant le rôle du Tchad dans la stabilisation de cette région et son possible statut de puissance régionale.

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